Jeudi 17 février 2005
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Asl& aurait pu se taire et ne rien dire, laisser courir Leewati après ces fameuses chimères, celles qui n’existent
que dans les mauvaises poésies au goût amer. Ce goût fade d’une mauvaise traduction des autres que l’on relève d’artifices un peu acides mais pas trop.
« A te lire, lui dit-elle, il manque la pointe chatouilleuse de la vie, ce sel qui se lie aux larmes de tous les
mots, ce poivre tout simple d’une colère qui explose une phrase…enfin… »
Ce fut ainsi qu’elle brisa les tous débuts d’une histoire d’amour. Avec comme première réaction de celle qui se pensait
devenir la plus grande poétesse du 21ème siècle (pas moins), d’insulter copieusement en privé et en public Asl&…et en seconde de lui souhaiter dans un mail apocalyptique une mort
des plus atroces.
Jamais elle n’avait ressenti autant de haine de la part de quelqu’un, jamais on ne lui avait dit autant de mots pour lui
faire mal.
Pourtant tout allait bien. Chacune écrivait et se lisait sans rien en dire. L’une des premières règles établies entre
elles étant de ne jamais s’immiscer ouvertement dans leurs écrits. C’était alors comme un ailleurs de chacune d’elle où leur amour n’avait pas sa place.
Sans doute aurait-il du rester secret comme ce jardin intérieur que chacun a pour soi ?
Asl& se souvenait de cette première fois, si directe, si impulsive, aux limites du sauvage et puis qui en même temps
(qu’est ce que j’ai de dichotomie quand j’écris…) avait de la douceur. Comme un masque.
Elle s’était attachée à elle, elle qui insistait tant, elle que durant des semaines elle n’avait pas prise au sérieux,
elle qu’elle avait cherché à rebuter sans cacher aucun de ses plus terribles défauts, se disant que tout ce que recherchait Leewati c’était une expérience, ni plus ni moins qu’un test pour se
connaître, se reconnaître…pour s’apprendre ?
Apprendre.
Ce fut Asl& qui réapprit les orgies de ses vingt ans et aussi en passant tous les grands classiques du répertoire de
Chopin jusqu’à la Chine…
C’est une si vieille histoire que je peux bien la raconter maintenant.
Leewati était si belle et d’amour si terrible, que de la violence et de la force de son corps naissait toujours cette
attise d’encore et encore jusqu’à l’épuisement.
Alors comment peut-on écrire des choses si niaises sous couvert de grands auteurs ? Asl& aurait pu se taire,
continuer d’aimer une panthère qui pensait s’affirmer en écrivant à la terre entière qu’elle était la fille de Baudelaire et de Madame de Staël.
Et puis peu à peu au fil des mois et de ces ébats extravagants, se mit à germer en elle l’idée que peut-être elle
pourrait la changer, changer cette arrogance, cette affirmation d’être supérieure vis-à-vis de tous, lui faire comprendre quelque chose, quelque chose de trois fois rien comme de mettre un peu
d’amour dans ses mots, un peu de la transpiration de sa peau, un peu de son odeur.
Mais elle n’avait pas entendu car il était trop tôt.
La moralité de cette histoire c’est bien cela, et je la livre sans attendre d’écrire la fin.
Quelques années plus tard, Asl& se promenant quelque part entre les fortifications d’un certain Vauban fut prise
d’un malaise de profonde solitude, de ceux qui font perdre l’équilibre et demandent instamment de poser les fondements de sa raison sur autre chose de bien plus solide que la pointe en danseuse
de ses deux malheureux pieds.
L’homme lisait un livre. Ce banc où elle s’écroula la tête entre les genoux lui rappelait ses premières amours, le zoo
aussi et son adolescence fugitive. Puis elle releva la tête. Sur la couverture du livre s’inscrivait en lettres rouges au fur et à mesure que ses yeux reprenaient la tension du monde qui
l’entourait : « Comment je suis devenue un homme de Leewati Stowen». Asl& arracha le livre des mains de l’inconnu…
Sur la quatrième page c’était son visage et à l’intérieur, ouvert nulle part une page brûlante de poésie, des mots qui
s’arrachaient les uns aux autres pour dire toute la souffrance de s’être cherché avant de se trouver…
(…)
VOUS AVEZ DIT