Jeudi 21 janvier 2010
4
21
/01
/Jan
/2010
18:37
…des ordres de rêve
A chaque silence suivait son âme, les pas sortaient du brouillard, le cor des mots tirait la brûme et je
rêvais.
Le train était large, un tropisme en soi, il n’allait pas vers l’avant mais sur les côtés et c’était là que je marchais
sur des passerelles scabreuses, tortillant mon corps pour enjamber des bassins d’eau bouillante. Des hommes parlaient haut et fort de la grippe qui clouait un bateau qui clouait tout le port
souterrain. Je me demandais si j’étais encore dans le train. En tout cas je n’allais pas tomber, d’ailleurs la barrière incandescente de la passerelle ne m’avait pas brûlé le bras, il ne pouvait rien m’arriver, même pas de sourire pour que je perde l’équilibre. Sourire au petit homme qui m’avait pincé les fesses de l’autre côté du train,
tout à l’heure derrière la porte du sas blindé qui devait ouvrir comme sur un tripot clandestin.
Tout avait commencé allongée sur une couchette étroite. J’étais arrivée près d’elle. Tout était si normal, nos orteils
s’emmêlaient, les longs peupliers passaient à gauche. J’étais pieds nus et mes pieds n’étaient plus seuls.
A droite une cloison de fer avec un énorme bouton, un écran de contrôle éteint et une trappe à moitié ouverte …et
devant, une largeur d’espace, des personnes, quatre ou cinq profondément éloignées mais qui parlaient entre elles.
Un garçon à la poitrine coffre-fort soudain demanda qui voulait un thé, il se mit à compter, et un café… quatre alors,
et moi je tirais ma main, écartant tout mes doigts : CINQ. Il appuya sur le bouton, un homme sortit de la trappe avec un plateau…et ce fut là que tout commença à partir sur les
côtés.
D’abord à droite… dans le sordide que je parvins à fuir après que le petit homme m’eut offert une fiole de parfum que
j’avais déjà refusée, en mémorisant au départ l’envers des couloirs éclairés par une porte ouverte sur une salle d’eau, pour être certaine de retrouver le train, de retrouver le début de
l’histoire.
La couchette à mon retour avait une voisine sur le côté face à l’avant du
train et puis deux autres en haut dont la toile pendait.
Les jeunes demoiselles du train avec une queue de cheval et un oeil bleu ciel arrivèrent d’une voix douce et nous
poussèrent tous dehors, sauf le petit homme bien sûr, pour l’arrêt obligatoire du train car c’était l’heure du changement des toiles. Je n’allais jamais connaître la couleur des fleurs des
nouvelles toiles et j’étais triste. A mon retour, il n’y avait plus que des fauteuils en vis-à-vis du train que je n’avais pas perdu. Et j’embrassais et j’embrassais un visage, un nez, et des
cheveux qui riaient, et qui disaient c’est moi…c’est moi…c’est moi à l’infini….
Le petit homme revint avec son parfum d’une main et de l’autre un billet nasillant : c’est vingt euros. Je
plongeais dans le bleu du billet, je n’en voulais pas de son flacon.
Alors je partais, je passais à gauche. Après un pont, un homme tronc était là en statue, grave, sans parole, comme un
immense panneau ouvrant sur une ville qui n’était absolument pas pour moi, qui m’effraya tant que je rebroussai chemin et descendis au port souterrain…C’est là que j’ai perdu le train, à cinq
heures dix quand France culture s’est allumée pour me réveiller…
MOTS DE VOUS